Témoignage · Albertville
Ils l’ont fait, ils nous le racontent.
Agriculteur depuis une trentaine d’années
Je suis agriculteur depuis une trentaine d’années, sur une exploitation de 120 hectares en zone de piémont. On est en polyculture-élevage : du lait, un peu de céréales et de la luzerne. Depuis quelques années, on s’est aussi investi dans un projet de méthanisation à l’échelle inter-exploitations.
Pourquoi avoir lancé ce projet de méthaniseur collectif ?
On avait plusieurs problématiques : gérer les effluents d’élevage, améliorer la fertilisation naturelle de nos sols, et chercher de nouveaux revenus. L’opportunité, c’était de s’associer à plusieurs exploitants voisins pour mutualiser les intrants, les risques et les investissements.
Ce qui nous a décidés, c’est qu’on ne voulait pas être juste producteurs d’alimentation ou d’énergie, mais aussi acteurs de la transition sur nos territoires. La biomasse, c’est concret, c’est local, et c’est circulaire.
Comment cela a-t-il été concrètement mis en place ?
On a monté un GIE avec 7 exploitations. On a fait une étude de gisement, pour quantifier les volumes disponibles (lisiers, fumiers, résidus de culture), puis une étude de faisabilité avec un bureau d’études.
Le site du méthaniseur a été implanté au plus près des exploitations, en tenant compte des nuisances potentielles. Il alimente un moteur de cogénération qui produit de l’électricité revendue à EDF, et de la chaleur pour une fromagerie locale. Le digestat est partagé entre les exploitants pour fertiliser les terres.
Quels bénéfices en retirez-vous aujourd’hui ?
Il y a d’abord un bénéfice agronomique : le digestat est plus facile à épandre, moins odorant, et il améliore nos rendements sans dépendre d’engrais de synthèse. Ensuite, un revenu complémentaire : la vente d’électricité nous assure une certaine stabilité.
Mais ce qui compte surtout, c’est l’image et la cohésion locale. On est vus comme des exploitants engagés, responsables. On a des visites scolaires, des élus qui viennent. C’est devenu un lieu de dialogue sur l’agriculture de demain.
Quels conseils donneriez-vous à d’autres agriculteurs ?
Ne partez pas seuls. Il faut un groupe soudé, qui partage une vision. Il faut aussi s’entourer dès le début : techniciens, juristes, comptables. Et ne pas négliger l’après-projet : la maintenance, le pilotage, le dialogue avec les voisins.
La méthanisation, c’est un outil formidable, mais ça demande rigueur, transparence et un vrai ancrage territorial. Ce n’est pas juste un investissement : c’est une aventure collective.
Des freins ou difficultés rencontrés ?
Oui, plusieurs. Le premier, c’est le temps administratif : entre les autorisations, les plans d’épandage, les recours… il faut être patient. Le second, c’est la logistique : organiser les apports, le stockage, les épandages… ce n’est pas évident sans coordination.
Enfin, il faut maintenir une vigilance environnementale : surveiller les fuites, les odeurs, la consommation d’eau. On est sur un outil industriel, pas une annexe de ferme.
