Témoignage · Les Saisies
Ils l’ont fait, ils nous le racontent.
Qui êtes-vous ?
Je suis Pascal PHILIP garde-animateur au sein de la réserve naturelle régionales de la tourbière des saisies. Mon rôle consiste à assurer la gestion et la protection de l’espace naturel, mais aussi à développer des actions de sensibilisation et d’ancrage territorial auprès des habitants, des élus et des scolaires.
Une volonté de renforcer l’ancrage territorial de la réserve naturelle
Le projet est né d’une volonté de renforcer l’ancrage territorial de la réserve naturelle. L’objectif principal était de mieux faire connaître la réserve et de favoriser son acceptation par la population locale.
Le choix a été fait de travailler avec les enfants, considérés comme de futurs relais de la protection de l’environnement. Le projet est atypique, car il a été initié par le gestionnaire de l’espace naturel, et non par l’école ou la commune.
Un partenariat a été mis en place avec l’école primaire d'Hauteluce, auprès d’une classe de cycle 3 (CM1, CM2 – environ 14 élèves). L’enseignante, en poste depuis 25 ans dans l’école, a vu dans ce projet une opportunité de renouveler ses pratiques pédagogiques.
Un partenariat étroit !
L’aire terrestre éducative repose sur un partenariat étroit entre un enseignant et un accompagnateur spécialisé en environnement. Les enfants sont placés au cœur du dispositif : ils prennent toutes les décisions collectivement, par vote, lors de conseils d’élèves.
Ce cadre permet de travailler simultanément sur la connaissance des milieux naturels, la prise de décision collective, la gouvernance et l’apprentissage de la démocratie.
Sur le plan financier, le projet repose sur un budget annuel d’environ 2 500 €, financé principalement par une subvention de l’OFB. Ce budget couvre les interventions extérieures, les animations et certains aménagements, complétés par des financements régionaux et une contribution en nature des services techniques communaux.
Quatre années ...
La première année est consacrée à la recherche d’un terrain adapté. Plusieurs sites ont été proposés aux enfants, qui ont procédé à un vote. Un refus de propriétaire privé a constitué une expérience pédagogique importante. Les élèves ont ensuite présenté le projet au conseil municipal, ce qui a permis d’obtenir un terrain communal d’environ 150 hectares, dont une partie est exploitable.
Les deuxième et troisième années sont dédiées aux inventaires faune et flore et à la compréhension du milieu (vallon boisé, cours d’eau), avec notamment l’installation de pièges photographiques.
La quatrième année permet d’approfondir les inventaires avec des experts (faune, pollinisateurs, zones humides) et de réfléchir aux aménagements possibles, accompagnés par une experte spécialisée.
Les activités alternent entre sorties de terrain (inventaires, observations, animations avec des experts, expériences sensorielles) et temps en classe (gestion du budget, demandes de devis, réflexions collectives, préparation de présentations).
Une connaissance fine de la biodiversité
Le projet a permis de mettre en évidence de nombreux bénéfices. Les enfants développent une connaissance fine de la biodiversité, découvrent des métiers liés à l’environnement et acquièrent des compétences transversales, notamment en gestion de projet et en gouvernance.
Les temps passés dans la nature génèrent un fort sentiment de bien-être. Il est possible de rester plusieurs heures simplement à observer, ce qui contraste avec des visites guidées plus classiques et minutées.
Certaines surprises ont toutefois nécessité des ajustements, comme la volonté initiale des enfants de créer un étang pour pêcher, qui a permis de repréciser les objectifs du dispositif.
Le projet a également favorisé l’implication des parents et une meilleure acceptation de la réserve naturelle dans le village.
Des contraintes temporelles
Le projet est en place depuis trois ans avec la même équipe, composée du garde et de l’enseignante. Sa pérennité repose fortement sur l’engagement individuel de ces acteurs. Un changement de personne clé pourrait fragiliser la continuité du projet.
Les contraintes temporelles liées à la neige, l’accessibilité du site et les vacances scolaires limitent les périodes d’intervention à 3 ou 4 mois par an, ce qui nécessite une anticipation importante et une organisation rigoureuse.
Malgré ces limites, l’aire terrestre éducative constitue un levier fort d’ancrage territorial pour la réserve naturelle. Elle permet de créer des liens durables avec le village et de porter une approche multidisciplinaire de la transition écologique, au-delà de la seule biodiversité.
